Les étapes importantes

Première coupe de cheveux transmasc

Lors de ma première année à l’université, j’ai commencé à ressentir un inconfort profond entourant mes cheveux. J’ai pris un rendez-vous au salon de coiffure où j’allais depuis des années. En m’asseyant sur la chaise, j’ai demandé une coupe neutre et courte. Je crois que le mot « neutre » n’a pas été entendu parce que le résultat n’avait rien de neutre. Mes cheveux n’étaient pas aussi courts que j’espérais et j’avais un peu l’air d’une maman dans la cinquantaine. Malgré tout ça, avoir les cheveux courts était une sensation incroyable. En quittant le salon, j’ai pris quelques selfies, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. 

Enfin, ma dysphorie avait disparu.

Je sais maintenant que cette expérience est assez répandue. Les personnes comme moi qui finissent avec ce genre de coupe sont nombreuses : que ce soit par peur d’avoir l’air trop masculin·e, parce qu’on n’a pas les bons mots ou parce que la personne qui nous coupe les cheveux se méprend complètement sur la situation. Environ un an plus tard, j’ai eu une autre coupe de cheveux d’un salon transaffirmatif dans une autre ville pas trop loin. Je t’en passe un papier, c’était BEAUCOUP mieux. Si tu es à la recherche d’une coupe de cheveux transmasc transaffirmative qui n’est pas moche, essaie de trouver un endroit qui offre des coupes à tous les genres, prépare des photos en référence et n’aie pas peur de demander la coupe que tu veux vraiment. Et si le coût est un obstacle, j’ai trouvé une trousse de coupe de cheveux à 20 $ en pharmacie qui venait avec deux tondeuses, des peignes et une paire de ciseaux. Tu peux trouver des tutoriels en ligne et demander à un·e ami·e de t’aider avec le derrière de ta tête. Au bout du compte, les cheveux repoussent et tu peux toujours ajuster la coupe si tu n’aimes pas le résultat. Tu mérites d’avoir une coupe de cheveux qui te représente et avec laquelle tu te sens bien!

Port d’un binder : deuxième essai

Chaque fois que je voyais des vidéos de personnes trans qui essayaient un binder pour la première fois, il y avait toujours ce déluge d’émotions, parfois de larmes, leur euphorie transperçant mon écran de téléphone. Mon expérience a été toute autre...

Pendant l’été après ma première année à l’université, je vivais toujours chez mes parents, j’étais dans le placard ma dysphorie était suffocante. Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est quand ma meilleure amie du secondaire m’a suggéré d’acheter un binder. J’en ai commandé un en ligne, à son adresse, pour ne pas risquer de dévoiler mon identité à ma famille. Dès qu’elle l’a reçu, nous nous sommes retrouvé·e·s pour qu’elle me le donne. Je débordais d’enthousiasme en le déballant : il était parfait! J’avais si hâte de rentrer chez moi pour l’enfiler.

Toutefois, quand je l’ai mis et quand je me suis regardé dans le miroir, je n’ai pas eu la même vague d’émotions que les gens sur Internet. Je me sentais bizarre et j’avais peur. Je l’ai enlevé et je l’ai mis au fond de mon garde-robe, déçu.

Toute la joie et l’euphorie et toutes les larmes étaient finalement au rendez-vous; je n’arrivais pas à arrêter de me regarder dans le miroir, à sentir avec mes mains à quel point ma poitrine était plate. 

L’inconfort que j’avais ressenti la première fois avait disparu et emporté avec lui la dysphorie que je ressentais depuis longtemps. J’étais heureux.

Maintenant, trois ans plus tard, ce vieux binder ne me fait plus (merci à la testostérone) et j’en ai maintenant deux autres. J’utilise aussi du KT tape ou du TransTapeⓇ quand je veux m’aplatir la poitrine toute la journée. (Pour les personnes en Colombie-Britannique qui ont des moyens financiers limités, Qmunity a un formulaire sur leur site Web qui offre des articles d’affirmation de genre gratuits!) Je ne sais pas trop pourquoi j’ai eu besoin de deux essais pour me sentir bien dans mon binder, mais je suis soulagé que ça ait finalement fonctionné. Si ton expérience est semblable à la mienne, ne te décourage pas. Ça peut simplement prendre quelques essais avant que tu te sentes bien.

Le changement de voix et ses enjeux

Au secondaire, je faisais du théâtre musical et j’adorais chanter. J’étais soprano jusqu’à ce que je commence la thérapie hormonale après des années à vivre de la dysphorie à cause de ma voix. Quand ma voix a commencé à devenir plus grave, j’étais vraiment heureux! Chanter ne serait dorénavant plus une expérience dysphorique. Par contre, je n’avais pas anticipé à quel point ce serait difficile de chanter. Comme ma voix devenait grave très rapidement, elle cassait quand j’essayais de chanter et j’avais de la difficulté à trouver les notes dans mon nouveau registre.

Réapprendre à chanter a été éprouvant, tant mentalement que physiquement. Je suivais des vidéos en ligne de professeur·e·s de chant et je pratiquais mon oreille avec l’appli piano sur mon téléphone. Je peux maintenant dire qu’après plus d’un an, le ton de ma voix s’est stabilisé et j’arrive à chanter la partie des ténors dans mes comédies musicales préférées. Je dois encore faire attention à ne pas me pousser trop loin et à ne pas me décourager quand je chante un peu faux.

Mais malgré les embûches, en finir avec la dysphorie en vaut absolument la chandelle. absolutely worth it.

Être trans, c’est difficile : surtout en ce moment. Trouver des espaces et des ami·e·s affirmatif·ve·s peut être difficile quand tout est nouveau. Mais il y a de l’espoir! Renseigne-toi sur les ressources pour les personnes LGBTQ+ dans ton coin. Pour les personnes en Colombie-Britannique, Qmunity offre des groupes de soutien pour les personnes trans, les personnes bisexuelles et plus encore. Je parie que d’autres provinces/territoires ont des programmes similaires. Il y a aussi des serveurs Discord pour les personnes trans. Pendant que je découvrais mon identité, j’ai rejoint un serveur Discord trans et j’ai pu essayer mon nouveau nom avec d’autres personnes en envoyant des notes vocales. N’oublie pas qu’il y a des tonnes de personnes comme toi et que d’autres personnes se sont déjà trouvées exactement là où tu te trouves. C’est parfois difficile de trouver des gens qui t’aiment comme tu es, mais aie confiance : tu trouveras ta communauté. Et par-dessus tout, souviens-toi que tu n’es pas seul·e!

A propos de l'auteur

Alexander est un homme trans qui vit avec son copain en Colombie-Britannique, au Canada. Il a un baccalauréat en théâtre de Trinity Western University, est agnostique et souffre de maladies chroniques. S’il n’est pas en train de jouer sur scène ou de gérer un spectacle, alors il fait du cosplay sur TikTok, joue à des jeux vidéos ou avec so chat, Lilith. Alexander espère que grâce au contenu qu’il publie en ligne, le sérieux comme le moins sérieux, des gens comme lui se sentiront moins seul·e·s. Vous pouvez le trouver sur TikTok, Instagram et Twitch @moonlit_w4nderer

Illustration of group moving forward
Artwork created for It Gets Better Canada by Gwen Hovey

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