Le genre en châteaux de sable : Conceptualiser les identités non binaires et trans

Quand j’ai commencé à me poser des questions sur mon identité de genre, tout me paraissait abstrait. Tout ce que j’avais c’était des questions sans fin, et au moment où je croyais avoir attrapé une réponse, elle s’effritait comme du sable et me glissait entre les doigts. Tout était encore granuleux quand j’ai commencé à m’identifier comme personne non binaire, mais pas comme personne transgenre. Non binaire est un terme identitaire général pour les personnes qui s’identifient à l’extérieur de la binarité de genre conventionnelle. Transgenre, ou trans, est un autre terme identitaire pour les personnes qui ne s’identifient pas au genre traditionnellement associé au sexe qui leur a été assigné à la naissance. Je me suis reconnu·e dans le terme non binaire lorsque j’ai réalisé que ma queeritude m’éloignait du genre traditionnellement associé au sexe qui m’a été assigné à la naissance. Mais est-ce que ça veut dire que j’étais trans? Je me retrouvait en marge de la binarité de genre conventionnelle et je ne voulais pas particulièrement être ni une femme, ni un homme.

sandcastle illustration
NB/Trans Venn Diagram

Ce que je ne comprenais pas à l’époque, c’est que l’identité transgenre peut s’imbriquer à la binarité de genre mais peut aussi exister à l’extérieur de la binarité de genre. Autrement dit, on peut penser aux identités trans et aux identités non binaires comme dans un diagramme de Venn. Il s’agit de deux catégories « parapluies » distinctes, mais qui peuvent se chevaucher. Dans le diagramme de Venn, il y a, d’un côté, les personnes qui s’identifient comme étant trans mais pas non binaires; de l’autre côté, les personne qui s’identifient comme étant non binaires mais pas trans; et finalement, au centre, les personne qui sont trans et non binaires. Pour clarifier encore plus, les personnes qui sont trans mais pas non binaires ne s’identifient pas au genre traditionnellement associé au sexe qui leur a été assigné à la naissance, mais s’identifient à la binarité de genre en tant qu’homme ou femme. Les personnes qui sont non binaires mais cisgenre ne s’identifient pas à la binarité de genre traditionnelle, mais s’identifient tout de même, à un certain degré, au genre traditionnellement associé au sexe qui leur a été assigné à la naissance. Et les personnes qui sont non binaires et trans ne s’identifient pas au genre traditionnellement associé au sexe qui leur a été assigné à la naissance et s’identifient plutôt à d’autres catégories à l’extérieur de la binarité de genre.

Toutes ces identités différentes sont magnifiques et valides, et moi, j’ai réalisé que je m’identifie comme une personne trans et non binaire.

Pour moi, personnellement, il restait néanmoins beaucoup de questions sans réponse. En tant que personne trans non binaire, je me posais souvent la question, « suis-je “assez trans” pour une transition médicale? » Les récits entourant la dysphorie de genre et la transition auxquels j'ai été exposé·e plus tôt dans ma vie n'abordent jamais les genres à l’extérieur de la binarité de genre. Mais l’idée d’être « assez trans » est problématique parce qu’elle implique une approche médicalisée à la transitude qui perpétue l’idée selon laquelle les personnes trans doivent être corrigées, idée qui agit comme barrière pour la communauté trans. En abandonnant cette idée, on refuse de participer à des systèmes qui nous oppriment et qui nous restreignent. Au lieu, on choisit de célébrer toutes les expressions diverses de nos identités de genre, incluant celles qui sont à l’intérieur comme à l’extérieur de la binarité de genre. Dans mon parcours personnel lié à mon genre, j’en suis arrivé·e à reconnaître que j’avais besoin d’une transition médicale pour affirmer mon identité de genre, même si je ne transitionnais pas vers une destination connue par beaucoup de gens.

J’ai le droit d’être qui je suis et de m’affirmer de la façon qui fonctionne pour moi.

Une autre question qu’on m’a souvent posée, c’est « qui a le droit de s’identifier comme non binaire? » Le genre est une construction culturelle qui perpétue les normes liées aux genres. Peux-tu t’identifier comme non binaire juste parce que tu es en désaccord avec le concept du genre tel qu’il est construit? Je dirais que oui, mais j’ai une réserve. Je dis oui parce qu’il est mieux de créer une compréhension spacieuse plutôt que restrictive de l’identité de genre. « Non binaire », après tout, est un terme « parapluie » qui cherche à inclure toutes les identités de genre qui divergent de la convention. Ma réserve est liée au fait que chaque personne a une expérience différente en matière de genre, et qu’on doit s’assurer de pouvoir raconter notre propre histoire et aussi d’écouter les expériences des autres. Par exemple, il est important de reconnaître que les personnes non binaires cisgenres ne vivront pas de dysphorie de genre, de discrimination et d’autres enjeux qui affectent les personnes trans au quotidien. Aussi, les personnes transmasculines ne vivront pas d’expériences de transmisogyny, contrairement aux personnes transféminines.

En tant que groupe, on doit créer de l’espace pour représenter nos propres expériences, et pour laisser de la place où mettre de l’avant les expériences des autres, surtout celles qui sont trop souvent laissées pour compte.

L’objectif est d’imaginer une identité spacieuse collective pour les personnes trans et non binaires. On peut toustes cueillir nos questions insaisissables et sablonneuses au sujet du genre et nous rassembler afin de construire des châteaux de sable où l’on peut se soutenir et se célébrer les un·es les autres et être les personnes royales que nous sommes.

A propos de l'auteur

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Clover

Clover (iel/ellui) (iel/ellui) une personne créative queer nonbinaire originaire de l’Asie de l’Est qui étudie à l’Université de Toronto. Iel défend l’équité, la diversité, l’inclusion et l’appartenance dans toutes ses communautés. Clover est aussi un·e artiste dont l’expression touche à l’art numérique, la danse, la guitare et la poésie. Si tu les vois sur son skateboard dans la ville et que tu as envie de jaser d’art, d’équité, ou de quoi que ce soit d’autre, dis-lui allô!

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